« On est tous le vieux de quelqu’un » : quand la parole des aînés devient le point de départ
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Comment développer des actions contre l’âgisme qui répondent réellement aux attentes des personnes concernées ? Une réponse peut sembler évidente : commencer par donner la parole aux aînés. Encore faut-il créer les conditions pour que cette parole puisse émerger librement, sans être orientée par nos propres représentations du vieillissement.
C’est tout l’enjeu du projet « On est tous le vieux de quelqu’un », initié par le Gérontopôle de la Province de Namur et Respect Seniors, avec Énéo (de la Mutualité chrétienne) et Liages (Réseau Solidaris Province de Namur). Une démarche citoyenne construite autour d’une conviction commune : les personnes âgées doivent être associées aux réflexions qui les concernent.
Pour Respect Seniors, cette réflexion est directement liée à la prévention de la maltraitance des aînés. Les représentations âgistes peuvent influencer les attitudes et les comportements, y compris lorsqu’ils sont guidés par une volonté de bien faire : aide excessive, infantilisation, décisions prises à la place de la personne ou, au contraire, négligences. Ces attitudes peuvent notamment avoir des conséquences sur l’autonomie, l’estime de soi ou encore la santé physique et mentale.
Le projet a donc fait un choix méthodologique fort : ne pas commencer par imaginer ce qu’il faudrait faire pour les aînés, mais leur donner des clés pour comprendre l’âgisme, recueillir leurs expériences et faire émerger avec eux des pistes d’action.
« Rien ne se fera pour les aînés sans les aînés »
Dès sa conception, le projet poursuit plusieurs objectifs complémentaires : lutter contre l’âgisme, prévenir la maltraitance et promouvoir une culture de la bientraitance. Mais il ne s’agit pas uniquement de sensibiliser. L’ambition est aussi de faire émerger, à l’échelle de la province de Namur, des recommandations provenant des seniors eux-mêmes afin de nourrir ensuite des initiatives locales, inclusives, désirables et durables.
Cette démarche repose sur une hypothèse : lorsque la recherche de pistes d’action pour lutter contre l’âgisme est confiée aux personnes concernées elles-mêmes, dans un contexte favorisant l’inclusivité et l’autodétermination, les propositions peuvent davantage s’ancrer dans leurs réalités, leurs attentes et leurs expériences.
Mais cette volonté de participation demande également de questionner la manière dont la démarche elle-même est construite. Même avec l’intention de lutter contre l’âgisme, nos propres représentations peuvent influencer les questions posées, la manière d’animer les échanges ou les solutions envisagées. Dès les premières réflexions autour du projet, une attention particulière a donc été portée au contexte dans lequel les rencontres seraient organisées.
Avant de demander aux aînés quelles actions développer, une première étape apparaissait dès lors essentielle : partager des connaissances permettant de mieux comprendre ce qu’est l’âgisme, comment il se manifeste et quels peuvent être ses impacts.
Slide utilisé par l'antenne de Namur de Respect Seniors dans le cadre de la conférence de lancement du 11 décembre 2025.
Comprendre d’abord, faire émerger ensuite
C’est dans cet objectif qu’une conférence de lancement a été organisée le 11 décembre 2025 à Bouge. Elle devait permettre de créer un socle commun de compréhension avant le lancement des rencontres citoyennes.
Pour ouvrir la démarche, cette matinée a volontairement croisé recherche et terrain. Le Pr Stéphane Adam, professeur à l’Université de Liège et fondateur de LyAge, a apporté son éclairage sur l’âgisme et ses impacts, tandis que Claire Bachelet, psychologue au sein de Respect Seniors, a abordé la thématique à partir des réalités rencontrées sur le terrain. Une complémentarité pensée dès la préparation du projet pour rendre ces questions accessibles, concrètes et compréhensibles.
L’intérêt suscité par cette première rencontre a également montré que la réflexion autour de l’âgisme dépassait le seul cadre du projet. Elle a surtout permis de préparer l’étape suivante : passer de l’information à la concertation et placer progressivement l’expérience des aînés au centre des échanges.
De janvier à mai 2026, des tables rondes ont ainsi été organisées à différents endroits de la province de Namur. Les participant·es ont été invité·es à partir de leur quotidien, de leurs expériences et de leurs attentes pour réfléchir collectivement aux manifestations de l’âgisme et aux moyens d’agir.
Participation citoyenne, regard porté sur les personnes âgées, accès aux services, mobilité, numérique, autonomie, lien social, isolement, relations intergénérationnelles, reconnaissance des savoirs… les sujets abordés se sont construits au fil des réalités exprimées lors des rencontres.
Au total, 156 personnes ont participé à sept tables rondes citoyennes.
Élargir aussi les réalités entendues


Du « penser tout haut » à une réflexion collective


















